Chapitre Premier 

La Triade

Chers lecteurs, j’ai une première question à vous poser. Vous qui êtes sur le point d’entrer dans mon esprit et de lire les pensées les plus personnelles que je n’aie jamais écrites : êtes-vous déjà allé à Sydney ? Quelle question hasardeuse, je sais, mais les questions sérieuses arriveront plus tard, pas d’inquiétude.

Alors ? Avez-vous déjà senti l’énergie vibrante de Sydney vous envahir ? Avez-vous déjà été subjugué par l’Opéra House ? Vous êtes-vous déjà senti étourdi sur le Harbour Bridge ? Avez-vous déjà mangé une pizza au restaurant Andiamo dans la Spice Alley ? Êtes-vous déjà sorti la nuit dans les rues illuminées pendant le Vivid Sydney Festival ?

Tout le monde parle de New York, Londres, Paris ou Tokyo, mais qu’en est-il de Sydney ? Je pourrais parler pendant des heures des plages aux eaux cristallines, du ferry, des parcs, mais je vais m’arrêter ici pour cette introduction. J’espère simplement que je rendrai justice à cette ville magnétique et que je vous ferai ressentir ce que j’ai ressenti pendant mon séjour à l’étranger. Cependant, permettez-moi d’avouer quelque chose : je pourrais être partiale sur le sujet...

Maintenant, vous êtes sûrement en train de vous demander, qui est-elle ? Une Australienne ? Une Américaine ? Certainement pas la dernière ; mais la première, j’aimerais. En réalité, je suis française. Plus précisément, je viens d’une partie de la France que même les Français ont du mal à situer sur une carte. Ce morceau de terre se trouve au Nord et le temps y est presque comme à Londres. Pluvieux, gris, humide. Pas très impressionnant, non ?

Permettez-moi également de me présenter plus formellement. Je m’appelle Rose et j’ai actuellement vingt-deux ans. J’ai grandi dans cette ville rurale, assez calme et paisible, mais quand j’ai eu dix-huit ans et obtenu mon baccalauréat, je ne pouvais pas imaginer finir là-bas. Je ne pouvais pas passer ce qui était censé être les années les plus excitantes de ma vie dans cette petite ville ou dans une ville un peu plus grande à proximité. Il en était hors de question ! Cela peut sembler arrogant, méchant ou prétentieux, mais je pensais que je méritais de plus grandes opportunités ; j’avais de plus grands rêves. Je voulais voir le monde, alors je suis partie à Paris.

Paris était la ville idéale, car elle n’était pas si loin de chez mes parents : un voyage d’une heure en train, ajoutez trente minutes avec une voiture. De plus, il y avait un autre avantage à choisir de m’expatrier dans la ville de l’amour : en effet, la capitale n’était pas une terre étrangère pour moi. J’y étais déjà allée pendant les vacances pour voir mon frère ou encore des amis. La seule nuance est que je n’y avais jamais vraiment vécu, alors ce grand changement, c’était la grande aventure.

Vous devez aussi savoir que je n’ai pas vécu dans le centre de Paris — parce que les loyers étaient et sont encore trop chers —, mais en banlieue. Je vivais dans un joli studio au onzième étage d’un immeuble et j’avais la plus belle vue du bâtiment. De mes immenses fenêtres, je pouvais voir toute la ville. Les couchers de soleil étaient toujours mémorables et, certaines nuits, si j’avais de la chance, je pouvais voir le phare de la tour Eiffel me faire coucou au loin. Sans mentionner que l’emplacement était idéal pour aller à l’université : seulement une dizaine de minutes en transport. Un vrai luxe quand on habite en banlieue.

Vous vous demandez sûrement ce que j’étudiais à l’université. Contre toute attente, j’ai été admise à l’université en licence de psychologie. ​Pourquoi la psychologie ? Honnêtement, je me le demande encore. J’ai toujours été douée pour écouter et aider les gens, donc ça me semblait être le bon choix. Alors, même si mes résultats au lycée étaient excellents et que j’aurais pu aller n’importe où, à cette époque, c’était la seule idée que j’avais en tête pour un futur potentiel.

Maintenant que vous en savez un peu plus sur moi, chers lecteurs, et que je vous ai bien fait rêver avec mon aventure parisienne, revenons à une époque plus actuelle et au cœur de l’histoire que je vais vous raconter.

Alors, chers lecteurs, j’ai une autre question — ou peut-être une colle — à vous poser : avez-vous déjà rencontré quelqu’un que vous n’avez jamais réussi à oublier ? Quelqu’un rencontré au mauvais endroit, au mauvais moment, au mauvais âge ? À moi, Rose Lucas, c’est arrivé trois fois.

Attention ! Ça ne veut pas dire que je suis tombée amoureuse trois fois, simplement que, dans trois circonstances différentes, les personnes avec qui j’ai eu une « relation » auraient pu être celle avec qui j’aurais fini ma vie. À ce moment précis dans le temps, ignorant ce que je sais maintenant, je me serais volontiers vue vieillir avec elles. En regardant en arrière ces trois fois — plus précisément, ces trois hommes —, je les vois comme une triade et je les ai surnommés chacun : l’Amant, le Petit Ami et l’Ami. Attention, encore une fois, il y a une distinction très claire entre l’Amant et le Petit Ami, alors prenez votre stylo et essayez de mémoriser cela. Je vais sûrement vous éviter beaucoup de peines de cœur.

Premièrement, l’Amant est la seule personne avec qui vous n’avez jamais eu de relation sérieuse. Sûrement parce que vous n’avez pas eu le temps et parce que beaucoup de choses sont arrivées, mais finalement pas vous deux.

Deuxièmement, l’Amant a tout ce que vous avez toujours voulu. Physiquement, il ressemble à un homme tout droit sorti de vos rêves les plus fous. Intellectuellement, il est ambitieux, spirituel, intelligent, malicieux, généreux, drôle et avenant. Un premier rendez-vous avec lui ne donne même pas l’impression que vous vous rencontrez pour la première fois. C’est comme si vous l’aviez [LM3] toujours connu et que lui aussi. Ça a l’air parfait, n’est-ce pas ? Mais attention : encore une fois, un Amant est un petit ami sous couverture. Seulement présent quand il le veut. La plupart du temps la nuit, vous laissant dans l’attente perpétuelle d’être dans son esprit, d’un appel ou qu’il tombe amoureux de vous et qu’il réalise enfin que vous deux êtes la seule bonne combinaison possible. Parfois, cela arrive ; parfois non. James, lui, ne l’a jamais réalisé. J’aimerais encore qu’il le fasse aujourd’hui. Parmi toutes les personnes avec qui j’ai eu une « relation », c’est la personne qui m’a le plus meurtrie. Celui que je ne peux pas oublier. Pourquoi ? Eh bien, continuons...

La plupart du temps, l’Amant est celui que vous ne pouvez pas oublier, car vous deux n’avez jamais vraiment essayé. La relation avait tellement de potentiel, mais rien ne s’est jamais produit. Alors, peu importe ce qu’il reste après que tout est fini, que ce soit des souvenirs de rendez-vous nocturnes, de verres dans un bar ou des journées passées à regarder Netflix dans le lit, vous finissez toujours par rester dans cette brume de doute infernale à penser :

« Peut-être qu’il était le bon ? »

« Peut-être que je n’ai pas assez essayé ? »

« Peut-être que j’ai fait quelque chose de mal ? »

​Oh, l’Amant blesse vraiment votre ego, et vous fait vous demander : « Pourquoi ? »

« Pourquoi je ne suis pas assez ? »

« Pourquoi ça ne dure jamais ? »

« Pourquoi doit-il vivre sur un autre continent ? »

Enfin, une de ses principales caractéristiques est qu’il a toujours des milliers d’excuses, voire des millions. La plupart du temps, ces dernières sont valides et, pour cela, vous ne pouvez même pas le détester. Vous ne pouvez même pas lui reprocher d’être occupé à réussir, occupé à construire sa vie et de ne pas vous voir dedans. Alors, oui, ça fait mal.

Le Petit-Ami, lui, est totalement différent.

Premièrement, le plus souvent, c’est un ancien flirt ou une rencontre soudaine avec qui tout est devenu plus sérieux. Ce qui a commencé par des réunions clandestines occasionnelles s'est fini par des nuits récurrentes à dormir dans les bras l'un de l'autre. C'est cette relation sérieuse dont tout le monde rêve et que l’on a tous déjà expérimenté au moins une fois. Parfois, ce n'est pas avec la personne de nos rêves, juste celle qui nous fait nous sentir bien, qui nous fait rire et qui procure un sentiment de bien-être et de sécurité. Deuxièmement, le Petit-Ami n’est pas forcement l’homme parfait. Au contraire, la nature réconfortante et stable de votre relation le pousse à se permettre de plus en plus de choses au fil du temps. Il commence à devenir à l’aise, prendre les choses pour acquis et peut même finir par négliger l’objet de son désir si la flamme n’est pas entretenue. De plus, quand ce Petit-Ami a été choisi par défaut, en tant que second choix ou bien qu’il incarne un rebound[1] comme on dit dans le jargon des cœurs brisés, le plus souvent la relation est vouée à l’échec. On sait, en tout cas, je savais pertinemment que ça ne durerait pas. Au fur et à mesure du temps l’amour se transforme en agacement, ses défauts qui au début paraissaient attendrissants deviennent insupportables et ses caresses qui faisaient tant de bien les premières nuits, irritent.  Pour ces raisons, ce n'est pas toujours une fin heureuse au bout du tunnel, parfois on y trouve de la trahison, de la douleur et parfois, la relation ne se termine jamais et cette personne devient un compagnon pour la vie. Finalement, c'est comme un jeu, il faut simplement parier sur le bon pion. ​

Concernant notre troisième protagoniste, l’Ami, c’est un personnage ou plutôt un type d’homme assez mystérieux. Je vous le ferai découvrir plus tard dans mon récit car un peu de suspens ne fait pas de mal, non ? La seule chose que je peux révéler, c’est que dans mon cas, je ne me suis rendu compte de sa présence que bien trop tard. Souvent il rentre inopinément et discrètement dans ta vie, c’est cette personne que tu n’attendais pas et avec qui tu t’entends super bien mais qui pour des raisons quelconques tu ne peux pas passer le cap. Soit parce qu’il est en couple ou que tu es en couple ou soit parce que tu n’as que d’yeux pour quelqu’un d’autre. Ce dernier passe alors son temps à te regarder pleurer sur ta vie amoureuse chaotique en se demandant : quand est ce qu’elle sera prête ? Quand est-ce qu’elle reviendra ? Il se pose mille et une question dans son coin et attend patiemment en espérant qu’un jour tu voudras de lui et que tu réaliseras que l’homme qui te convenait était peut-être déjà là, depuis tout ce temps, sous tes yeux.

Néanmoins, assez parlé théorie et passons à la pratique maintenant que vous êtes avertis. Quoi qu’il en soit, que vous ayez retenu ou non les caractéristiques de ces trois protagonistes j’espère que vous l'avez deviné. J'ai rencontré James, mon Amant à Sydney. Vous vous demandez sûrement : Comment se fait-il qu’elle ait atterri six mois en Australie ? Pour quelles raisons s’est-elle rendu dans ce pays magique ? Qui est ce fameux James ? Pour le savoir revenons au début​, deux ans en arrière lorsque j'ai rencontré David.

 

[1] Aka. une relation pansement après une rupture

- FIN DU CHAPITRE -